Stage 7 - Storytelling
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Every day, I would go to the tents to drink tea. Lying there, barefoot [...] you feel time passing. Under the scorching sun, you march towards evening, towards the cool breeze that will bathe your limbs and wash away all sweat. Under the scorching sun, animals and people, as surely as towards death, advance towards this great watering hole [...] The slaves enter the tent when the chief has taken the stove, the kettle and the glasses out from the treasure chest, from that heavy chest full of absurd objects, padlocks without keys, vases without flowers, cheap mirrors, old weapons, which, stranded there in the sand, resemble the flotsam of a shipwreck.
The slave, silent, loads the stove with dry twigs, blows on the embers, fills the kettle, and for an effort of a little girl, flexes muscles that could uproot a cedar tree. He is peaceful. He is absorbed in the game: making tea, caring for the meharis, eating. Under the scorching sun, walking towards nightfall, and under the ice of the naked stars, wishing for the scorching sun. Happy are the countries of the North, where the seasons compose, in summer, a legend of sun, and in winter, a legend of snow; sad are the tropics, where nothing much changes in the heat; but happy too is the Sahara, where day and night so simply swing men from one hope to another.
Antoine de Saint-Exupéry (1900 – 1944)
Terre des Hommes. Chap. VI, 1939. Ed. Bibliothèque numérique romande, ebook-bnr.com
Translation from French by Sawsan Curation -
J’allais chaque jour, sous les tentes, prendre le thé. Allongé là, pieds nus […] on sent l’écoulement du temps. Sous la brûlure du soleil, on est en marche vers le soir, vers ce vent frais qui baignera les membres et lavera toute sueur. Sous la brûlure du soleil, bêtes et hommes, aussi sûrement que vers la mort, avancent vers ce grand abreuvoir […] Les esclaves entrent sous la tente quand le chef a tiré de la caisse aux trésors le réchaud, la bouilloire et les verres, de cette caisse lourde d’objets absurdes, de cadenas sans clefs, de vases de fleurs sans fleurs, de glaces à trois sous, de vieilles armes, et qui, échoués ainsi en plein sable, font songer à l’écume d’un naufrage.
Alors l’esclave, muet, charge le réchaud de brindilles sèches, souffle sur la braise, remplit la bouilloire, fait jouer pour des efforts de petite fille, des muscles qui déracineraient un cèdre. Il est paisible. Il est pris par le jeu : faire le thé, soigner les méhara, manger. Sous la brûlure du jour, marcher vers la nuit, et sous la glace des étoiles nues souhaiter la brûlure du jour. Heureux les pays du Nord auxquels les saisons composent, l’été, une légende de soleil, l’hiver, une légende de neige, tristes tropiques où dans l’étuve rien ne change beaucoup, mais heureux aussi ce Sahara où le jour et la nuit balancent si simplement les hommes d’une espérance à l’autre.
Antoine de Saint-Exupéry (1900 – 1944)
Terre des Hommes. Chap. VI, 1939. Ed. Bibliothèque numérique romande, ebook-bnr.com